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Lectures hebdomadaires –

Extrait de Laurence Freeman o.s.b., Bulletin trimestriel, Vol 30, n°1, mars 2006.

L’addiction est la conséquence tragique d’une erreur d’identification. Nous pensions que telle substance ou telle activité allait nous aider à trouver ce que nous cherchions. En réalité, elle s’est avérée être un démon déguisé en ange de lumière. Notre soif de Dieu a été déviée et nous buvons du poison. Lorsque Cortez, l’envahisseur espagnol du XVIe siècle, arriva sur la côte mexicaine, les Aztèques crurent qu’il était l’accomplissement de leurs prophéties religieuses. Ils l’embrassèrent et l’accueillirent avant de découvrir, trop tard, la réalité au prix de leur culture. On s’agrippe toujours à des sauveurs imaginaires sans se rendre compte qu’aucun sauveur véritable ne permet qu’on s’agrippe à lui. Le vrai guérisseur laisse le lien se nouer, mais ne le laisse pas devenir une addiction. Pour les premiers chrétiens, Jésus était un médecin de l’âme humaine plutôt que le fondateur d’une nouvelle religion. Sa vérité profonde – et tous les niveaux d’identité ouverts par sa question « Qui dites-vous que je suis ? » – ne se laisse découvrir que dans la liberté qu’il offre à ceux qui apprennent de sa douceur et de son humilité. Ceux surtout qui acceptent le joug léger de son amitié. Abandonner cette liberté pour une autre dépendance, c’est manquer de le reconnaître.

 

Après la méditation

 

 

Denise Levertov, extrait de « The Showings : Lady Julian of Norwich, 1342-1416 » [Les apparitions: Lady Julienne de Norwich, 1342-1416], in The Stream & the Sapphire, NY, New Directions, 1997, p. 58.

Comme nous, elle a vécu des temps sombres :
la guerre et la peste noire, la faim, les conflits, les tortures, les massacres.
Elle savait tout cela, elle le ressentait avec tristesse, avec douleur,
secouée comme un tissu secoué par les hommes dans le vent.
Mais Julienne, Julienne…
Je me tourne vers toi :
tu t’es accrochée à la joie,
alors que les larmes et la sueur coulaient sur ton visage,
pareilles au sang que tu regardais couler en perles innombrables,
comme coule la pluie des toits :
accrochée fermement comme un acrobate, par les dents,
à une fine toile d’araignée tendue en l’air,
à ta foi profonde en la miséricorde infinie,
témoignée à tes propres yeux,
à ton regard qui se porte hors de ta petite chambre,
dans la vision intérieure de ton esprit sans entrave –
une connaissance que nous aimerions partager :
L’amour en était le sens.